Le littoral de Guyane : un espace dynamique et unique sous influence de l’Amazone

Le littoral de Guyane française constitue la zone d’étude des chercheurs membres du Groupement de recherche LiGA.
Il s’agit d’un domaine géographique vaste mais bien défini.

Ce littoral comprend les eaux côtières, les îles proches et le littoral lui-même constitué de vasières mobiles, de mangroves instables et de cordons littoraux sableux.
Au total, la Guyane compte 312 km de côte. La population de cette région française d’outre-mer, estimée à 250 000 habitants, est concentrée à 90% sur le littoral, au niveau de différentes zones d’agglomération.

Carte littoral Guyane vdéfCarte du littoral de Guyane française (fond de carte Google Earth)


En quoi consiste l’influence de l’Amazone sur le littoral de Guyane ?

La morphologie du littoral guyanais est directement liée à l’influence du fleuve Amazone par ses apports en sédiments, eau douce et éléments dissous.
L’Amazone est le fleuve de tous les records : il possède le plus grand bassin versant au monde (6,1 millions km²) et présente le débit annuel le plus élevé (200 000 m3 par seconde en moyenne au niveau de l’embouchure).

La dynamique de l’espace côtier amazonien

Sous l’effet des courants, des vagues et des alizés, l’Amazone alimente en vase plus de 1500 km de côte, depuis l’embouchure de l’Amazone (au Nord Brésil) jusqu’au delta de l’Orénoque (Venezuela), en passant par la Guyane française, le Suriname et le Guyana.

Les apports sédimentaires de l’Amazone sont évalués à 745 millions de tonnes par an, avec une variation de 9% suivant les années. Sur ce volume, environ 20% -soit 150 millions de tonnes- migre le long de la côte des Guyanes.

En s’accumulant, les sédiments d’origine amazonienne forment d’immenses « bancs de vase ». Ils s’étendent de 10 à 60 km de long et 20 à 30 km de large, et ont jusqu’à 5 m d’épaisseur.
En une année, le nombre de bancs le long de cette portion de la côte sud-américaine peut varier de 15 à plus de 20. Au niveau de la seule côte guyanaise, le nombre de bancs est évalué entre 6 et 9.
Ces bancs de vase se déplacent d’est en ouest à une vitesse estimée entre 2 à 3 kilomètres par an.

Carte nord Amérique du sudCarte de l’espace côtier sous influence amazonienne (fond de carte Google Earth)

Le fleuve Amazone détermine ainsi la côte vaseuse la plus étendue du monde et sans doute la plus instable, car en constante transformation.
Dans un tel contexte, le littoral guyanais sous influence amazonienne constitue un espace original et dynamique, marqué par une forte variabilité temporelle et spatiale. Le long de ce littoral, se succèdent des bancs de vase et des espaces inter-bancs en érosion (voir image ci-dessous).

Carte Kourou bancs de vaseImage satellite Landsat 5 de la région de Kourou prise en 2002 (extrait de la thèse d’Erwan Gensac).
Les chiffres correspondent aux différentes parties des bancs de vase : 1. Zone en accumulation; 2. Zone en colonisation; 3. Zone en érosion. 4. Zone subtidale.


Chaque point de la côte guyanaise est alternativement soumis à des phases de sédimentation intense (envasement dû au passage d’un banc de vase) et à des périodes d’érosion souvent spectaculaires. Cette dynamique génère un remodelage incessant du trait de côte, avec des alternances d’avancée et de recul.

Deux éléments importants de l’écosystème “littoral guyanais” sont la mangrove, une des plus préservées et dynamiques au monde, et les plages sableuses, qui représentent d’importants sites de ponte à l’échelle mondiale pour les tortues marines, mais aussi des sites privilégiés pour les aménagements urbains.

Plage Salines A. GardelPlage des Salines, commune de Rémire-Montjoly © A. Gardel

La mangrove est l’écosystème naturel des littoraux tropicaux vaseux : il s’agit d’une forêt de palétuviers, arbres adaptés à pousser dans les sols salés et instables de la zone de balancement des marées en région tropicale.

Mangrove © C. Proisy IRD UMR AmapMangrove du littoral guyanais composé de palétuviers du genre Rhizophora © C. Proisy IRD UMR Amap

En Guyane, la mangrove couvre environ 800 km², soit 80% du littoral, et constitue un écosystème unique du fait de la dynamique de déplacement des bancs de vase. Sur les littoraux de Guyane, du Surinam et du Guyana, la mangrove ne peut s’établir sur ces bancs de façon pérenne et définitive comme dans les autres zones tropicales, puisque les bancs se déplacent.

Ainsi, son développement est cyclique et passe par des phases successives : colonisation des vases nues dès qu’elles sont suffisamment consolidées, extension de la mangrove pionnière, maturité de la forêt, puis déracinement des arbres et régression de la mangrove par suite de l’érosion du substrat.

Ceci en fait un écosystème très dynamique, instable et à durée de vie courte.

Mangrove en érosion devant CayenneMangrove en érosion devant Cayenne, avril 2011 © C. Proisy, IRD UMR AMAP


Le littoral de Guyane : un espace dynamique encore méconnu

Des progrès significatifs ont été accomplis durant la décennie 2000 pour comprendre la morphodynamique du littoral guyanais, aux niveaux sédimentaire et écologique, et pour étudier les changements affectant ces côtes. Malgré cela, il reste encore beaucoup de travaux de recherche à mener pour connaître cet environnement dans son ensemble.
Les communautés et écosystèmes qui sont associés à ce littoral présentent une dynamique et un fonctionnement souvent complexes et spécifiques, insuffisamment documentés et encore largement incompris.

C’est dans ce cadre que le Groupement de recherche LiGA a été mis en place; il crée une synergie entre les chercheurs afin de favoriser l’interdisciplinarité, l’objectif étant d’acquérir des connaissances pour connaître de façon globale le littoral guyanais.