Axe 1 : Vulnérabilité-Adaptabilité face aux changements environnementaux : approches interdisciplinaires


Animateurs

Valérie Morel (Discontinuités), Marianne Palisse (LEEISA) et Philippe Cuny (MIO)


Participants

Fabian Blanchard (LEEISA), Damien Chevallier (IPHC), Benoît De Thoisy (IPREM), François Fromard (ECOLAB), Antoine Gardel (LEEISA), Yvon Le Maho (IPHC), Emma Michaud (LEMAR), Gérard Thouzeau (LEMAR), Romain Walcker (ECOLAB)


Contexte

L’analyse des concepts de vulnérabilité et d’adaptabilité, reconnus pour leur polysémie et leur pluridisciplinarité, est centrale dans cet axe qui veut mettre en oeuvre une approche interdisciplinaire pour offrir une approche innovante dans la connaissance du littoral guyanais. Dès sa création, le GDR LiGA a affiché le concept de vulnérabilité (Fig. 1) au cœur de ses axes de réflexion pour non seulement produire de la connaissance interdisciplinaire1 sur les littoraux guyanais mais aussi pour renouveler le regard des scientifiques sur le fonctionnement du littoral et offrir un nouvel outil d’aide à la décision aux acteurs territoriaux. La mise en oeuvre de l’interdisciplinarité correspond à un processus intégrant des savoirs disciplinaires, des acteurs aux identités disciplinaires différentes modifiant les positions et les ordres établis d’un système apportant de l’innovation disciplinaires (Baillat et Renard, 2001). Dans le cadre de ce nouveau projet de GDR, cette approche bénéficiera d’un développement interdisciplinaire renforcé permettant en analyse co-construite et transversale par les SHS et les sciences de l’environnement.

Anthropologie, histoire, géographie, géomorphologie, économie, biogéochimie et écologie marine croiseront leur regard et leur méthodologie pour poursuivre l’analyse des vulnérabilités environnementales et sociale du littoral guyanais, véritable territoire en mutation. L’interdisciplinarité propose donc, d’une certaine manière, une démarche intégrative avec un fonctionnement rétroactif entre les différentes disciplines (Galochet et al., 2008). Une attention particulière sera également portée à la capacité d’adaptation de ses populations et, d’une manière plus générale, des systèmes littoraux face au changement global. Par capacité d’adaptation, il faut entendre capacité du système littoral guyanais – et des sous-systèmes – à ajuster ses mécanismes et sa structure pour tenir compte des changements environnementaux réels, potentiels ou supposés. Cette capacité d’adaptation dépend des ressources écologiques disponibles, mais aussi des dynamiques économiques, sociales et culturelles dans lesquelles sont impliquées les populations locales. Par ses singularités tant environnementales (dynamique sédimentaire et érosive, croissance rapide de la mangrove, …) que sociétales (démographie, appréhension du foncier, diversité culturelle des populations, …), le littoral guyanais offre l’opportunité de renouveler le regard sur la connaissance de la vulnérabilité de littoraux face aux risques naturels et anthropiques en France et autorise à penser que des transferts méthodologiques seront possibles vers des territoires littoraux similaires.

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Fig.1 Échelles et complexité du concept de vulnérabilité (D’après Birkman et al., 2013).

Le littoral guyanais, un contexte multi-enjeux source de vulnérabilités variées

Le littoral guyanais connaît, depuis le début des années 2000, une évolution rapide et multiforme, qui soulève de nombreuses questions autour du paradigme du développement territorial et de celui de la protection des écosystèmes. Une croissance exponentielle de la population -un doublement est prévu d’ici à 20402-, corrélée à une demande croissante d’urbanisation, y rencontre une complexité culturelle au niveau des perceptions de l’environnement et des risques. Des projets agro-industriels, miniers et pétroliers, ainsi que les pressions actuelles et à venir sur la ressource halieutique et, paradoxalement, une forte demande sociale, scientifique et politique de protection de la nature. Par ailleurs, la reconnaissance de la biodiversité marine et de ses enjeux, la construction de territoires à risques « naturels », technologiques et sanitaires parfois imbriqués ainsi que la dynamique des ressources halieutiques créent un contexte multi-enjeux à l’interface terre-mer qui modifie la conception et les modalités de gestion du territoire littoral guyanais. Pour appuyer ces propos, le risque d’érosion côtière est sans doute l’événement le plus spectaculaire et le plus médiatisé de l’expression de la vulnérabilité. À l’image des rivages métropolitains, les espaces côtiers guyanais sont aujourd’hui des territoires à risque d’érosion et de submersion sous les effets d’une dynamique convergente – particulièrement dans le contexte de l’instabilité amazonienne – entre recul du trait de côte et installation des hommes au plus près du rivage. Au cours du mois de janvier 2013, la dynamique météo-océanique active observée à la côte est à l’origine du recul de la côte de plusieurs secteurs littoraux guyanais anthropisés, notamment dans l’anse de Rémire. En février-mars 2016, c’est une partie du centre-ville de Kourou qui est menacée. Ces récents épisodes dynamiques révèlent toute l’actualité de cette recherche sur l’évaluation de la vulnérabilité des côtes au risque « naturel ». Toutefois, si la population – ou du moins la partie d’entre elle la plus anciennement installée sur le territoire – est relativement familière avec ces manifestations liées à l’instabilité côtière, elle est moins consciente des risques associés aux contaminants environnementaux (plomb, mercure, hydrocarbures, pesticides, etc.) dont la présence est souvent imperceptible et dont les effets sur la santé humaine et sur les écosystèmes peuvent ne se manifester que plusieurs années après leur introduction dans le milieu naturel. Les risques de contamination et de pollution sont pourtant une réalité pour le système littoral guyanais. La pêche est également un réel enjeu pour le territoire littoral. Professionnels et scientifiques s’inquiètent de l’état des ressources halieutiques. Des questions en termes de biodiversité, d’économie des pêches, d’activités et d’alimentation sont au coeur des enjeux. L’étude de la vulnérabilité des ressources halieutiques participerait d’une approche systémique des pêches en Guyane.

Dans ce contexte, et pour dépasser la simple intuition de l’intérêt d’une telle approche pour l’analyse des interactions entre sociétés et environnement littoral, nous proposons ici de renouveler les approches sectorielles de la connaissance des espaces littoraux centrée sur l‘acquisition de nouvelles données, en amenant les chercheurs à élaborer des stratégies scientifiques partagées, fondamentalement interdisciplinaires, s’appuyant sur les forces respectives et complémentaires des disciplines rassemblées dans ce GDR. Cette recherche a pour objectif d’oeuvrer aussi bien pour la connaissance de la biodiversité, des dynamiques sociales et du fonctionnement global des systèmes littoraux et marins guyanais que pour apporter des éléments d’aide à la prise de décisions face aux enjeux territoriaux. Mobiliser la vulnérabilité et l’adaptabilité en termes de développement de connaissances pour l’aide à la décision permet de porter une analyse prospective sur la construction d’un projet de territoire. Différentes approches méthodologiques seront utilisées : synthèse de documents, extraction de données issues de bases de données environnementales et sociétales, travail d’enquête, construction d’indicateurs de vulnérabilité, réalisation de cartes de sensibilité, mise en place de schémas conceptuels d’aide à la décision. La mise en place d’une approche de vulnérabilité-adaptabilité en Guyane s’inscrit dans un temps de recherche long qui nécessitera un investissement marqué de différents acteurs scientifiques et institutionnels.